1 Contexte
Bondy est l’un des quelques lieux du nord-est francilien mentionnés dans un exceptionnel
document attribuable au VIe ou au VIIe siècle, conservé aux Archives nationales et connu sous l’appellation de « testament d’Erminethrude ». Ce document mentionne à plusieurs reprises
le « vicus » de Bondy et son église, desservie par une communauté de frères. De fait, de 1964 à 1981, plusieurs découvertes fortuites mettent en évidence une nécropole mérovingienne
avec sarcophages de plâtre.
En 2005-2006, une fouille archéologique préventive est réalisée par l’INRAP, avec le
concours du Bureau de l’archéologie du Département de la Seine-Saint-Denis rue Jules Guesde, soit juste au nord de l’église actuelle (reconstruite en 1875-1876 sur un état antérieur de
1750-1752). Dirigé par Sébastien Poignant, cette opération – dont le rapport est en cours d’achèvement - vient considérablement enrichir notre connaissance de la topographie du Haut Moyen Age. A
l’époque mérovingienne, un fossé large de 6 m circonscrit un espace occupé, à l’est, par une zone funéraire, à l’ouest, par une zone d’activité et d’habitat. Les inhumations sont réalisées dans
des sarcophages de plâtre ou des fosses plâtrées, souvent mal conservée, mais dont l’étude typologique serait de nature à relancer, avec celle de la nécropole mérovingienne fouillée en 2008-2009
à Noisy-le-Grand, un questionnement très actif dans les années 1980 à la suite de la fouille des importantes nécropoles de Saint-Denis et de Villemomble. A l’époque carolingienne, l’aire
funéraire se déplace à l’ouest de l’enclos tandis que l’espace précédemment dédié aux inhumations accueille désormais des activités dédiés à l’habitat et à ses activités connexes. Les modes
d’inhumations sont différents de ce qu’ils étaient à la période précédente, avec le recours à des enfouissements en pleine terre. AU total, ce sont plus de 300 sépultures du Haut Moyen Age qui
ont ainsi été mises au jour. Au XIe siècle, le grand fossé est comblé. Se met ensuite en place la trame classique de l’habitat villageois médiéval du centre de l’Ile-de-France, avec un front bâti
sur rue et un usage massif du plâtre et du gypse pour la construction.
De façon inattendue, la fouille a également mis en évidence l’existence d’une exceptionnelle
nécropole de la fin du Bas Empire. L’hypothèse de travail élaborée lors de la fouille amènerait à y distinguer deux phases. A la première, datable de la fin du IVe siècle, serait attribuable une
petite construction rectangulaire comprenant deux cuves de sarcophages en pierre, de sorte qu’il serait tentant d’y voir un mausolée. A la seconde, datable du Ve siècle, serait attribuables
environ 200 inhumations pratiquées faites dans des cercueils, puis dans des coffres, déposés dans de profondes fosses rectangulaires.
En 2004 et 2007, les observations réalisées par le Bureau de l’archéologie du Département de
la Seine-Saint-Denis à la faveur de la réfection de la rue Jules Guesde ont complété les données cette opération. Une trentaine de tombes carolingiennes ont été mises au jour dans le prolongement
de l’aire funéraire découverte sur la fouille. Des sépultures médiévales ont été fouillées au droit du mur nord de l’église, notamment une sépulture collective, attribuable à la seconde moitié du
XIVe siècle, contenant des squelettes de pestiférés. Au droit du chevet, deux cuves en pierre attribuables au Ve siècle ont été mises au jour. On note que ces cuves en calcaire sont constituées
de blocs issus du démantèlement d’un édifice antique.
Le diagnostic pendant l’hiver 2009-2010 par le Bureau de l’archéologie du Département de la
Seine-Saint-Denis a concerné toute la Cité De Lattre de Tassigny, au-delà de l’emprise faisant l’objet du présent projet d’opération. Ses conclusions doivent impérativement être relativisées, car
les conditions d’intervention – diagnostic au sein d’un ensemble de logements encore occupés, indispensable maintien des zones de circulation intérieur – n’ont pas permis de procéder à un
échantillonnage optimum du terrain d’assiette.
Au nord et à l’est de la fouille de 2005-2006, 6 tranchées de diagnostic livrent, d’une part
des sépultures, d’autre part des vestiges d’habitat. Les vestiges d’habitat renvoient à la typologie des structures excavées découvertes en milieu rurale au premier Moyen Age, et semblent plutôt
attribuable à la période VIIIe-XIIIe siècle. Par leur typologie, les sépultures (3 fouillées, 7 identifiées) semblent plutôt attribuables à la nécropole du Bas Empire. On note la discrétion de
l’époque mérovingienne, mais l’important bruit de fond que suscitent les découvertes de mobilier résiduel du Bas Empire.
2 Problématique scientifique et
objectifs
La question essentielle que pose la fouille faisant l’objet du présent projet scientifique
et technique concerne l’extension de la nécropole du Bas Empire. Sur la base des données du diagnostic, celle-ci semble s’étendre de façon franche vers l’est, de façon peut-être plus diffuse vers
le nord, encore qu’il convienne là de rappeler les limites du diagnostic : il conviendra de confirmer ou d’amender cette hypothèse. L’hypothèse du phasage en deux temps (fin IVe, Ve siècle)
de la nécropole devra également être éprouvé à la lueur des nouvelles données de fouille.
La question de la densité des sépultures dans la nécropole antique est un point essentiel,
et le présent projet scientifique et technique entend faire droit de la façon la plus raisonnée possible à la grande incertitude qui perdure à l’issu du diagnostic. Outre les difficultés
génériques inhérentes aux diagnostics des ensembles funéraires, les limites du diagnostic doivent ici être encore fortement rappelées. Une marge d’incertitude très significative subsiste, dans un
rapport d’au moins 1 à 5, encore qu’il faille rappeler que la nécropole telle qu’elle se révèle sur la fouille de 2005-2006 ne présente d’espace de densité diffuse : un nombre très
significatif de sépultures ne serait donc en rien surprenant.
L’importance du mobilier résiduel du Bas Empire que livre le diagnostic pose la question de
l’occupation antique avant l’implantation de la nécropole. On rappellera à cet égard que la RN3, qui passe à 300 m au nord du site, est un itinéraire d’origine antique , et que les tranchées
de diagnostic réalisées au nord de la cité De Lattre de Tassigny, précisément le long de l’axe antique, ont également livré, dans un contexte qui reste certes encore confus, des éléments
mobiliers antiques.
La discrétion des vestiges mérovingiens découverts lors du diagnostic semble confirmer que
le large fossé mis au jour en 2005-2006 circonscrit bien l’occupation, tant funéraire que civile, de cette période. L’extension de l’habitat à l’époque carolingienne renverrait alors à un schéma
de développement désormais bien attesté dans les habitats franciliens, souvent caractérisés entre le milieu du VIIe et le milieu du VIIIe siècle, par l’amorce d’une croissance significative.
Cette présence plus affirmée des vestiges d’habitat carolingien renvoie peut-être également à une transformation du statut du site qui, toute proportion gardées, ne serait pas sans évoquer ce qui
peut être observé à Saint-Denis où l’établissement monastique mérovingien – on se rappellera la mention de « fratres » à Bondy dans le testament d’Erminethrude - se mue à l’époque
carolingienne en bourg monastique où la composante civile ne cesse de s’affirmer, tandis que s’enclenche une dynamique urbaine autonome. Dans ce registre, on sera attentif au mobilier mis au
jour, et notamment à tout objet ou résidu de fabrication qui pourrait permettre de mieux cerner les relations de l’habitat avec l’espace religieux. Par ailleurs, si l’absence de
tombes attribuables à l’époque carolingienne dans les tranchées de diagnostic valide pour l’instant le schéma de développement de l’aire funéraire proposée à l’issu
de la fouille de 2005-2006, on ne peut sur cette seule base exclure la présence d’aires funéraires « secondaires », à l’image là encore de ce qui peut être observé à Saint-Denis, autour
de la grande nécropole associée au centre monumental.
Enfin, si le diagnostic n’a pas livré de vestiges postérieurs au XIIIe siècle, et notamment des constructions, il pourra être opportun
de s’interroger sur les modalités du passage de l’aire d’habitat du premier Moyen Age au fond de parcelles du second Moyen Age. Une attention particulière sera donc portée à la détection des
traces culturales.